Il faut que je vous raconte cette PÉPITE, j’ai déniché un superbe plat en faïence dans un vide-grenier pour 5 euros. La vendeuse m’a juré que c’était du Sarreguemines authentique. Mouaiiis… Bah j’ai bien fait de ne pas la croire, c’était une copie moderne sans aucune valeur.
Depuis, j’ai appris à repérer les vraies pièces, et croyez-moi, les marquages au dos racontent toute l’histoire.
Pour reconnaître une vraie faïence de Sarreguemines, cherchez d’abord le tampon au revers avec l’inscription « Sarreguemines » ou les initiales « U & C » (Utzschneider et Compagnie). Les pièces authentiques portent souvent aussi un numéro de modèle gravé ou imprimé.
Les marquages qui ne mentent jamais
Le fond de chaque pièce Sarreguemines garde la mémoire de son origine. J’ai passé des heures à comparer des dizaines de plats, assiettes et vases chez les antiquaires, et j’ai fini par comprendre le système et je vais vous révéler mes coulisses.
L’évolution des tampons au fil du temps
Déjà, retenez que les tampons ont évolué selon les époques.
Entre 1800 et 1836, vous trouverez simplement « Sarreguemines » écrit en toutes lettres. À partir de 1836, les initiales « U & C » apparaissent (pour Utzschneider et Compagnie, les propriétaires de la manufacture).
Après 1918, quand l’Alsace-Moselle redevient française, la mention « France » s’ajoute systématiquement.
Repérer les faux tampons
Attention à un piège classique : certaines reproductions modernes imitent ces tampons.
Sur les originales, l’encre du tampon pénètre légèrement dans l’émail, créant un léger relief au toucher alors que les fausses ont un tampon parfaitement plat, comme une simple impression.
Le poids et l’épaisseur révèlent tout
Ma première erreur a été de négliger ce détail pourtant évident. Les faïences de Sarreguemines ont une densité caractéristique : elles sont plus lourdes qu’on ne l’imagine. Une assiette de 23 cm pèse facilement entre 400 et 500 grammes, là où une production industrielle moderne dépassera rarement les 300 grammes.
L’épaisseur varie aussi selon les périodes. Les pièces du 19ème siècle affichent souvent 5 à 7 mm d’épaisseur au centre de l’assiette.
Les productions du début 20ème sont légèrement plus fines, autour de 4 à 5 mm. Prenez l’habitude de soulever les pièces : vos mains développeront vite cette mémoire du poids « juste ».
Les décors typiques de la manufacture
Sarreguemines s’est fait connaître pour ses motifs floraux stylisés et ses scènes champêtres. Leurs roses, pivoines et marguerites ont un style reconnaissable entre mille : des contours nets, des couleurs vives mais jamais criardes, et une certaine délicatesse dans les dégradés.
Les collections emblématiques
J’ai un faible pour les séries « Obernai » et « Favori », deux collections emblématiques. La première présente des scènes alsaciennes en bleu et blanc, la seconde joue sur des guirlandes florales aux tons pastel.
Ces collections portent généralement leur nom au dos, accompagné du tampon de la manufacture.
Les décors en relief, une signature
Les décors en relief constituent aussi une spécialité maison. La fameuse série « Digoin-Sarreguemines » (après la fusion des deux manufactures en 1979) propose des assiettes avec des bordures en relief imitant la vannerie ou la dentelle.
Ces textures se sentent vraiment au doigt, contrairement aux imitations moulées trop lisses.
La couleur de la terre de base
Retournez toujours une pièce pour observer la couleur de la terre cuite là où l’émail ne couvre pas.
Les faïences de Sarreguemines montrent généralement une argile beige rosé à ocre clair. Cette teinte provient des gisements d’argile locaux exploités par la manufacture.
Attention aux terres trop blanches ou grises
Par contre, si vous voyez une terre très blanche ou grise, méfiance. Soit c’est une production plus récente (après 1950), soit ce n’est tout simplement pas du Sarreguemines. La composition de la pâte a peu varié pendant plus d’un siècle, ce qui en fait un excellent indicateur.
L’uniformité, preuve d’authenticité
Dans mon salon, j’ai une série de six assiettes authentiques des années 1920.
En les retournant côte à côte, on constate cette uniformité de teinte qui trahit une même source d’approvisionnement en matière première. Les copies modernes présentent souvent des variations de couleur d’une pièce à l’autre.
Les numéros de moule, vos meilleurs alliés
Beaucoup de collectionneurs ignorent ce détail : les numéros gravés sous les pièces.
Sarreguemines numérotait systématiquement ses moules, généralement avec 3 ou 4 chiffres imprimés en creux ou en relief.
La logique chronologique des numéros
Ces numéros suivent une logique chronologique approximative : les premiers modèles portent des numéros bas (200, 350, 480…), tandis que les créations du début 20ème dépassent allègrement les 2000 ou 3000.
J’ai pu dater précisément plusieurs de mes pièces grâce à des catalogues anciens qui répertorient ces correspondances.
Décoder les lettres associées
Vous trouverez parfois aussi des lettres associées aux chiffres. Un « D » indique souvent un décor spécifique, un « M » peut signaler une modification du moule original.
Ces codes internes à la manufacture donnent des indices précieux sur la rareté d’un modèle.
L’état de l’émail et les craquelures
L’émail des vraies pièces Sarreguemines développe avec le temps un réseau de craquelures fines appelé « tressaillage ».
Ce phénomène naturel résulte des différences de dilatation entre la terre et l’émail lors des variations de température au fil des décennies.
Distinguer les vraies des fausses craquelures
Regardez ces craquelures à la lumière rasante : elles doivent former un réseau irrégulier, presque organique. Les fausses présentent parfois des craquelures artificielles, mais elles sont trop régulières, trop géométriques. Un œil averti repère la différence en quelques secondes.
J’ai fait l’erreur un jour d’acheter un plat aux craquelures « parfaites », TROP PARFAITES justement ! Et ÇA, c’était une reproduction vieillie artificiellement. Depuis, je cherche l’irrégularité, le hasard qui signe l’authenticité.
Les formes emblématiques de la maison
Sarreguemines a produit des milliers de modèles différents, mais certaines formes restent typiques. Les assiettes à bord chantourné (avec des ondulations), les saladiers profonds à panse arrondie, et les raviers ovales aux anses moulées figurent parmi les classiques.
Pichets et cruches, le savoir-faire en main
Les pichets et cruches méritent aussi l’attention. La manufacture excellait dans les formes galbées avec des anses généreuses, souvent décorées de motifs en relief.
Une cruche Sarreguemines tient parfaitement en main : l’équilibre du poids et l’ergonomie de l’anse trahissent un savoir-faire abouti.
Les pièces fantaisistes très recherchées
Je possède un petit pot à lait en forme de vache (oui, vous avez bien lu !) de la série « Vache qui rit » produite dans les années 1930.
Ces pièces fantaisistes prouvent que Sarreguemines ne se contentait pas de la vaisselle classique. Elles restent très recherchées des collectionneurs.
Vérifier la cohérence historique
Voici une astuce simple : recoupez le style du décor avec le type de marquage.
Un tampon « U & C Sarreguemines France » ne peut pas coexister avec un décor Art déco géométrique, car ce marquage a disparu avant les années 1920, période de l’Art déco.
Repérer les incohérences chronologiques
De même, les motifs floraux très chargés typiques du Second Empire (1850-1870) ne porteront jamais la mention « France » seule, ajoutée seulement après 1918. Ces incohérences chronologiques révèlent instantanément les reproductions modernes ou les assemblages frauduleux.
Les archives de la manufacture (conservées au musée de Sarreguemines) permettent de vérifier l’existence de tel modèle ou décor à telle époque.
Mais pour débuter, fiez-vous à votre bon sens : est-ce que ce style et ce marquage peuvent raisonnablement aller ensemble ?
Où se former l’œil ?
Les musées, vos meilleurs professeurs
Les musées restent vos meilleurs professeurs. Le musée de la Faïence de Sarreguemines expose des centaines de pièces authentiques avec leurs marquages.
Vous pouvez prendre le temps d’y observer, de photographier les tampons, et mémoriser les nuances de couleurs.
Vide-greniers et brocantes comme terrains d’entraînement
Les vide-greniers et brocantes constituent aussi d’excellents terrains d’entraînement. Manipulez, comparez, posez des questions aux vendeurs. Certains vous raconteront l’histoire des pièces (vraie ou inventée !), ce qui va forger votre expertise à long terme.
La communauté en ligne pour progresser
Rejoignez aussi les groupes de collectionneurs en ligne. J’ai appris énormément en partageant mes trouvailles et mes doutes. La communauté des passionnés de faïence française est généralement bienveillante et adore partager son savoir.
Mes indications
Commencez par des pièces courantes et abordables pour vous faire la main.
Les assiettes plates sans décor particulier des années 1920-1950 coûtent entre 5 et 15 euros et permettent d’étudier les marquages sans risquer gros.
Une fois votre oeil aguerri, vous pourrez vous attaquer aux pièces rares et coûteuses.
Gardez toujours à l’esprit qu’une belle reproduction vaut mieux qu’une authentique en mauvais état. Si vous aimez une pièce pour sa beauté plutôt que pour sa valeur marchande, le principal est là.
Dans mon cas, je mélange joyeusement les vraies Sarreguemines avec quelques jolies copies modernes et franchement, sur ma table de fête, personne ne fait la différence !
Apprendre à reconnaître le vrai du faux pour ne pas se faire avoir, puis choisir en conscience ce qui vous plaît vraiment. La collection, c’est d’abord une histoire de plaisir.