Comment reconnaître un vase cloisonné ?

Paire de vases cloisonnés

Il y a deux mois, j’ai déniché un vase bleu turquoise avec des motifs floraux incrustés de fils dorés dans une brocante. Le vendeur m’a dit « c’est du cloisonné, je crois, de Chine ». J’ai tourné le vase dans tous les sens, fascinée par ces petites cellules de couleur séparées par des cloisons métalliques. En le soulevant, j’ai tout de suite senti le poids – bien plus lourd qu’un vase en céramique classique.

Un vase cloisonné se reconnaît à ses cloisons métalliques (généralement en cuivre ou laiton) qui délimitent des alvéoles remplies d’émail coloré. La surface est lisse au toucher, les motifs sont nets et géométriques, et le vase a un poids caractéristique dû à la base métallique sous l’émail.

Je te préviens : j’ai d’abord confondu cloisonné et champlevé (erreur de débutante), puis j’ai cru que tous les vases avec des fils dorés étaient forcément anciens (grosse erreur). Maintenant je sais faire la différence.

C’est quoi exactement le cloisonné ?

Une technique ancestrale d’émaillage sur métal

Le cloisonné (ou émail cloisonné) est une technique décorative qui existe depuis l’Antiquité. Des fils métalliques fins sont soudés sur une base en métal pour créer des compartiments (les « cloisons »), qui sont ensuite remplis d’émail en poudre. L’objet est cuit plusieurs fois à haute température pour faire fondre et vitrifier l’émail.

Cette technique d’orfèvrerie nécessite une maîtrise parfaite du travail du métal et de la cuisson des émaux. Les artisans doivent contrôler précisément la température du four pour éviter que l’émail ne brûle ou que les cloisons ne se déforment.

L’histoire du cloisonné à travers les siècles

La technique s’est développée en Chine sous la dynastie Yuan (XIIIe siècle), puis a connu son apogée sous les Ming et les Qing. Le Japon a aussi une longue tradition de cloisonné, particulièrement raffiné à partir de l’ère Meiji. En Europe, le cloisonné a été produit en Russie (Fabergé) et en France au XIXe siècle.

Ce qui rend le cloisonné unique, c’est cette combinaison de métallurgie et de verrerie. Tu as besoin d’un artisan capable de travailler le métal avec précision ET de maîtriser la cuisson des émaux. C’est un savoir-faire complexe transmis de génération en génération dans les ateliers d’arts décoratifs.

Les cloisons métalliques : ton premier indice

Les cloisons sont l’élément caractéristique. Passe ton ongle dessus : tu ne dois sentir AUCUN relief. Sur un vrai cloisonné de qualité, les cloisons et l’émail sont au même niveau, parfaitement polis. La surface est lisse comme du verre.

CaractéristiqueCloisonné authentiqueImitation/Print
CloisonsMétal véritable, légèrement en relief ou à niveauPeintes, plates, pas de relief
ÉmailVitreux, brillant, profondeurPeinture mate ou vernis
PoidsLourd (base métallique)Léger (céramique ou résine)
Son au tapotementMétallique, sourdCéramique ou creux

Mon erreur de débutante ? Croire que toutes les cloisons dorées étaient en or. En réalité, c’est généralement du laiton ou du cuivre doré. L’or massif existe sur les pièces impériales ou de très haute qualité, mais c’est rarissime.

Les cloisons en cuivre peuvent avoir oxydé avec le temps, prenant une teinte légèrement verdâtre. C’est normal sur les pièces anciennes. Les reproductions modernes ont souvent des cloisons trop brillantes, trop parfaites.

Cloisonné chinois : reconnaître les différentes périodes

Le cloisonné Ming (1368-1644) est rare et précieux. Les couleurs sont profondes, souvent turquoise dominant, avec des motifs de dragons, lotus et nuages. Les pièces Ming authentiques sont dans les musées ou les collections privées inaccessibles. Si quelqu’un te propose du « Ming » à moins de 10 000 €, cours.

Le cloisonné Qing (1644-1912) est plus accessible, surtout les productions des XVIIIe et XIXe siècles. L’époque Qianlong (1735-1796) marque l’âge d’or avec des couleurs éclatantes et des motifs extrêmement détaillés. Les fonds peuvent être bleu turquoise, noir, ou blanc. Les émaux sur cuivre de cette période atteignent une qualité jamais égalée.

Les cloisonnés République (1912-1949) et ceux de la période maoïste (1949-1976) sont courants sur le marché de l’art asiatique. La qualité varie énormément : certaines pièces sont magnifiques, d’autres franchement moyennes. Mon vase de brocante vient probablement de cette période tardive.

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Le cloisonné contemporain chinois (après 1980) inonde le marché touristique. La technique reste la même, mais les motifs sont souvent simplifiés, les émaux moins subtils. Prix : 30-150 € pour des pièces décoratives correctes.

Cloisonné japonais : le raffinement ultime

Les maîtres artisans de l’ère Meiji

Le Japon a développé son propre style de cloisonné à partir du XIXe siècle. Le cloisonné japonais de l’ère Meiji (1868-1912) atteint une finesse technique incroyable, avec des cloisons ultra-fines et des dégradés de couleurs sophistiqués.

Les maisons prestigieuses comme Ando, Namikawa Yasuyuki ou Namikawa Sosuke ont produit des pièces exceptionnelles. Ces vases peuvent valoir des milliers d’euros aujourd’hui. Les motifs représentent souvent des paysages, des oiseaux, des fleurs avec un naturalisme impressionnant. Ces objets d’art japonais étaient très prisés lors des expositions universelles.

D’ailleurs, l’ère Meiji a vu fleurir plusieurs techniques de céramique japonaise et d’émaillage. Si tu t’intéresses aux vases japonais Kutani avec leurs émaux colorés épais, tu verras que la philosophie esthétique diffère : le Kutani joue sur le relief et la densité des couleurs, tandis que le cloisonné privilégie la planéité parfaite.

La technique musen-jippo : l’innovation japonaise

Une technique spécifique au Japon : le cloisonné sans cloisons visibles (musen-jippo ou shippo sans fil). Les fils métalliques sont retirés après la première cuisson, créant des transitions fluides entre les couleurs. C’est bluffant techniquement et très recherché par les collectionneurs d’art japonais.

Cette méthode permet des effets picturaux impossibles à obtenir avec des cloisons permanentes. Les artisans japonais ont poussé la technique à son paroxysme, créant de véritables tableaux en émail sur métal.

Si tu vois un vase avec des détails ultra-fins, des dégradés subtils et une marque japonaise sous la base, tu tiens peut-être quelque chose d’intéressant. Contrairement aux vases Kutani qui ont des émaux en relief, le cloisonné japonais est parfaitement lisse.

Les couleurs et motifs du cloisonné

Les couleurs traditionnelles du cloisonné chinois incluent le bleu turquoise (la plus iconique), le bleu cobalt, le rouge, le jaune, le vert, le blanc et le noir. Les pièces anciennes ont souvent des couleurs légèrement atténuées par le temps, tandis que les productions modernes sont plus vives. Cette palette d’émaux vitrifiés est caractéristique de l’artisanat chinois.

Les motifs classiques chinois représentent :

  • Dragons et phénix (symboles impériaux)
  • Pivoines, lotus, chrysanthèmes
  • Nuages stylisés et montagnes
  • Motifs géométriques (grecques, entrelacs)
  • Scènes de la nature ou de la vie quotidienne

Le cloisonné japonais privilégie des motifs plus naturalistes : paysages détaillés, oiseaux sur branches fleuries, insectes, poissons. Le rendu est souvent plus pictural, moins stylisé que le chinois.

J’ai appris à repérer les motifs répétitifs qui trahissent une production de masse. Un vase avec exactement le même dragon répété quatre fois ? Probablement une pièce commerciale. Les vraies belles pièces ont des compositions uniques, pensées, dignes des arts décoratifs de l’époque.

La base et le fond : des indices précieux

Analyser la base du vase

Retourne toujours le vase. La base d’un cloisonné révèle beaucoup. Elle peut être :

  • En cuivre nu (souvent oxydé, verdâtre)
  • Dorée ou argentée
  • Émaillée dans les mêmes couleurs que le décor
  • Avec une marque ou un sceau

Les marques chinoises incluent souvent des cachets avec des caractères indiquant la période ou l’atelier. Comme pour les vases chinois anciens, attention aux marques apocryphes : certaines pièces modernes portent des marques d’époque sans être de cette époque.

Vase cloisonné incliné

Le poids, un indicateur fiable

Le poids est un indicateur immédiat. Un vrai cloisonné est lourd parce que la base est en métal massif (cuivre ou bronze). Si ton « vase cloisonné » est léger, c’est probablement une céramique peinte pour imiter le cloisonné.

Les marques japonaises sont généralement plus discrètes, parfois juste le nom de l’atelier en caractères. Les grandes maisons signaient systématiquement leurs œuvres. Le poids d’un vase authentique de 25 cm tourne autour de 1,5 à 2 kg, alors qu’une imitation céramique du même format pèse 400-600 grammes maximum.

Cloisonné vs champlevé : ne pas confondre

Le champlevé ressemble visuellement au cloisonné, mais la technique diffère. Dans le champlevé, on creuse des alvéoles directement dans une plaque de métal épaisse, qu’on remplit ensuite d’émail. Il n’y a pas de cloisons rapportées. Cette technique d’émaillage est plus ancienne que le cloisonné.

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Comment différencier ? Le champlevé a des parois d’alvéoles plus épaisses et moins régulières. Le métal de base est visible et constitue une grande partie de la surface. Le cloisonné a des cloisons très fines et régulières, avec beaucoup plus d’émail visible. Les objets en champlevé étaient particulièrement appréciés dans l’art médiéval européen.

J’ai confondu les deux pendant des mois avant de comprendre la différence. Maintenant, je regarde l’épaisseur des « murs » entre les zones colorées. Fins et réguliers = cloisonné. Épais et variables = champlevé.

Les défauts et l’usure des pièces anciennes

Les traces du temps authentiques

Un vase cloisonné ancien porte des traces du temps. L’émail peut présenter de minuscules fissures (craquelures) ou quelques éclats sur les zones exposées (rebord, anses). C’est normal après 100-200 ans d’existence.

Les cloisons métalliques peuvent être légèrement usées sur les reliefs, surtout si le vase a été manipulé souvent. L’or ou la dorure s’efface progressivement sur les zones de frottement. Un vase avec une dorure trop parfaite et uniforme est suspect.

Les oxydations et restaurations

L’oxydation du cuivre à la base est courante. Cette patine verte (vert-de-gris) n’est pas un défaut, c’est une preuve d’ancienneté. Les faussaires essaient parfois de la reproduire chimiquement, mais le résultat est différent : trop uniforme ou placé bizarrement.

Par contre, un émail manquant dans une alvéole (laissant voir le cuivre nu) diminue fortement la valeur. Une restauration professionnelle est possible mais coûteuse, entre 100 et 500 € selon l’ampleur des dégâts. Les restaurations modernes utilisent des résines spéciales qui imitent l’émail vitrifié.

Les imitations et faux cloisonnés

Reconnaître les fausses techniques

Le marché regorge d’imitations en céramique. Des vases en porcelaine peints pour ressembler à du cloisonné, avec des traits dorés imitant les cloisons. Ça trompe de loin, mais pas au toucher. L’émail vitrifié du vrai cloisonné a une texture différente de la glaçure céramique.

Les impressions modernes (décalcomanies) reproduisent l’aspect visuel sans le relief ni la profondeur. Vue de face, ça peut passer. Mais retourne le vase : s’il est léger et sonne creux au tapotement, c’est une imitation. Ces transferts imprimés se repèrent aussi à la loupe : les cloisons n’ont aucune épaisseur, c’est juste de la peinture.

Les contrefaçons en matériaux modernes

Les « cloisonnés » en résine existent aussi, surtout dans le bas de gamme touristique. Plastique moulé avec de la peinture. Ça ne trompe personne qui manipule l’objet, mais sur une photo en ligne, c’est plus difficile à détecter. Le test du tapotement révèle instantanément ces faux en résine : son plastique creux au lieu du son métallique sourd.

J’ai failli acheter une « belle pièce ancienne » sur Leboncoin à 80 €. Heureusement, j’ai demandé le poids : 400 grammes pour un vase de 25 cm. Clairement pas du métal. J’ai évité l’arnaque. Un vrai vase en cuivre émaillé de cette taille pèse facilement 1,5 à 2 kg.

Cloisonné russe et européen : les alternatives

La Russie a produit du cloisonné de grande qualité au XIXe siècle, notamment la maison Fabergé. Les pièces russes utilisent souvent des émaux opaques aux couleurs vives (rouge, bleu, vert émeraude) sur des formes typiquement occidentales : salières, timbales, cadres à photo.

Le cloisonné français (XIXe siècle) existe aussi, souvent dans un style Art Nouveau ou inspiré des motifs orientaux. Les manufactures de Limoges ont produit des pièces intéressantes, moins connues que le cloisonné asiatique mais tout aussi techniques.

Ces cloisonnés européens ont leur propre marché de collectionneurs. Les prix varient énormément selon l’artisan, la période et la qualité.

Où acheter du cloisonné authentique

Les circuits de seconde main

Les brocantes et vide-greniers restent le terrain de chasse idéal. Le cloisonné chinois des années 1920-1980 se trouve régulièrement entre 30 € et 150 €. C’est accessible et décoratif. J’ai trouvé mes meilleures pièces dans des vide-maisons où les héritiers ne connaissaient pas la valeur de ce qui dormait dans les placards.

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Les sites de vente en ligne comme Leboncoin ou eBay proposent aussi du cloisonné, mais attention aux descriptions fantaisistes. Demande toujours le poids exact et des photos de la base avec la marque. Un vendeur sérieux ne refuse jamais ces détails.

Le marché professionnel de l’antiquité

Les salles de ventes spécialisées en arts asiatiques proposent des pièces authentifiées, surtout pour le cloisonné ancien (Ming, Qing, Meiji japonais). Compte plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros pour des pièces de qualité. Drouot à Paris organise régulièrement des ventes d’art oriental.

Les antiquaires spécialisés ont l’avantage de l’expertise. Ils peuvent te guider et t’expliquer les différences de qualité. Tu paies plus cher, mais tu as un recours en cas de problème et souvent une garantie d’authenticité.

Évite les boutiques de souvenirs dans les zones touristiques. Le cloisonné vendu là est presque toujours de la production contemporaine basique, souvent surévaluée à 80-120 € alors qu’il vaut 30 € maximum.

Vase cloisonné

Entretenir ton vase cloisonné

Le nettoyage des émaux et du métal

Le nettoyage doit être délicat. Chiffon doux légèrement humide, pas de produits chimiques. L’émail résiste bien, mais les cloisons métalliques peuvent s’oxyder si tu utilises des détergents agressifs. Pour un nettoyage d’objet ancien, l’eau tiède suffit amplement.

La dorure s’use facilement au frottement. Ne frotte jamais vigoureusement les zones dorées. Un dépoussiérage doux suffit. Si tu veux redonner un peu d’éclat à une dorure ternie, un chiffon microfibre sec fait des merveilles sans abîmer.

Conservation et stockage

Évite les chocs thermiques. Le cloisonné est solide, mais une variation brusque de température peut provoquer des fissures dans l’émail. Ne sors pas un vase stocké au froid pour le placer immédiatement près d’un radiateur. Cette règle s’applique à tous les objets émaillés anciens.

Pour le stockage, si tu as plusieurs pièces, ne les empile pas. Le contact métal contre émail peut créer des rayures ou des éclats. Utilise du papier de soie ou du papier bulle entre chaque pièce si tu dois les ranger dans un carton.

Estimer la valeur de ton cloisonné

Un petit vase cloisonné chinois des années 1950-1980 en bon état : 40-120 €. Un vase Qing du XIXe siècle avec beau décor : 300-1500 €. Un cloisonné Ming authentique : plusieurs milliers d’euros minimum. Un cloisonné japonais Meiji de qualité : 500-5000 € selon l’artisan.

L’état de conservation est déterminant. Des éclats d’émail divisent le prix par deux ou trois. Une restauration professionnelle affecte moins la valeur qu’un dommage visible non réparé. Les collectionneurs d’art asiatique sont très attentifs à ces détails.

La taille compte : les très grands vases (50 cm et plus) atteignent des prix plus élevés, tout comme les miniatures raffinées. La zone 15-30 cm est la plus courante, donc la moins valorisée sur le marché de l’antiquité.

La complexité du décor joue énormément. Un motif simple et répétitif vaut moins qu’une composition unique et détaillée avec personnages ou scènes narratives. Les décors impériaux (dragons à cinq griffes, symboles de la cour) multiplient la valeur par deux ou trois.

Pourquoi le cloisonné reste fascinant

Le cloisonné a ce truc magique : la lumière joue avec l’émail vitrifié, créant des reflets et des profondeurs que la céramique simple ne peut pas reproduire. C’est pour ça que même les pièces modernes sans valeur antiquaire peuvent être magnifiques en décoration.

Mon conseil ? Commence par des pièces abordables (50-150 €) pour éduquer ton œil. Compare les textures, les poids, les finitions. Visite des musées : le musée Guimet à Paris a une superbe collection de cloisonnés Ming et Qing.

Pour finir

Tu sais maintenant reconnaître un vrai vase cloisonné d’une imitation. Les cloisons métalliques, le poids, la surface lisse, les couleurs vitrifiées : tout se recoupe. Avec un peu de pratique, tu différencieras même le chinois du japonais, l’ancien du moderne.

Prends ton temps avant d’investir. Manipule les pièces, pose des questions, compare les prix. Le marché du cloisonné est moins spéculatif que celui de la porcelaine, ce qui le rend plus accessible pour débuter.

Moi, je continue ma collection tranquillement. Mon vase bleu turquoise de la brocante trône sur mon étagère, et il me rappelle à chaque fois le plaisir de la chine et de la découverte.

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