Quelle est la différence entre vase cloisonné et émail champlevé ?

difference vase cloisonne vs email champleve

J’ai acheté ce que je pensais être un vase cloisonné chinois dans une vente aux enchères en ligne. Quand je l’ai reçu, j’ai remarqué que les motifs étaient creusés dans le métal, pas entourés de petites cloisons. Mon erreur de débutante m’a permis de découvrir l’émail champlevé.

Le cloisonné utilise de fines bandes de métal soudées pour créer des compartiments remplis d’émail, tandis que le champlevé creuse directement le métal pour former des cavités qu’on remplit ensuite d’émail.

Deux techniques d’émaillage très différentes

Les deux sont des techniques d’émaillage sur métal, mais la façon d’y arriver change tout.

Le cloisonné (cloisonné en français, du mot « cloison ») consiste à souder des fils de métal, souvent du cuivre ou du laiton, sur une surface métallique. Ces fils forment des petites cellules, comme un coloriage avec ses contours. On remplit ensuite chaque cellule d’émail en poudre colorée, puis on cuit le tout à haute température.

Le champlevé (champlevé signifie littéralement « champ levé ») suit une logique inverse. On part d’une plaque de métal et on creuse, on grave, on évide des zones pour créer des creux. Ces creux accueillent l’émail coloré. Le métal restant forme naturellement les contours du motif.

Comment je les différencie maintenant

vase-cloisonné
Vase cloisonné
émail-champlevé
Émail champlevé

Au toucher et au visuel

Passe ton doigt sur un vase cloisonné. Tu sens les petites lignes métalliques en relief qui quadrillent toute la surface. C’est un peu comme une mosaïque miniature où chaque case a ses bordures.

Sur un champlevé, la surface est plus lisse. Le métal forme les motifs principaux et l’émail vient se nicher dans les zones creusées.

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L’épaisseur des lignes

Les fils de cloisonne sont ultra-fins, parfois moins d’un millimètre. Ça permet des motifs hyper détaillés avec des courbes complexes.

J’ai un petit pot cloisonné avec un dragon dont les écailles font à peine 2mm chacune. Le champlevé a des contours plus larges et plus massifs, parce qu’il faut garder assez de métal pour la solidité.

La provenance historique

Le cloisonné, c’est principalement la Chine et le Japon qui en ont fait une spécialité, surtout à partir du 14ème siècle. Les vases, boîtes et objets décoratifs chinois que tu vois partout avec des motifs floraux ou des dragons ? C’est presque toujours du cloisonné.

Le champlevé a des racines médiévales européennes. Les artisans du Moyen-Âge l’utilisaient pour décorer des objets religieux – calices, reliquaires, croix. La région de Limoges en France était particulièrement réputée pour cette technique.

Ma deuxième bourde d’apprentissage

J’ai cru pendant un moment que le champlevé était forcément ancien et le cloisonné moderne. Raté ! Les deux techniques existent depuis des siècles. Mon « champlevé médiéval » acheté sur un marché ? Une production du 20ème siècle inspirée des styles anciens. J’aurais dû regarder la finition – trop parfaite, trop régulière pour du travail à la main du 12ème siècle.

Maintenant je vérifie systématiquement les marques, les signatures, et je compare avec des pièces de musée avant de sauter sur une « affaire ».

Les couleurs et leur rendu

Le cloisonné et sa palette éclatante

Le cloisonné chinois adore le bleu turquoise, le vert émeraude, le rouge vif et le jaune impérial. Les émaux sont translucides ou opaques selon l’effet recherché. Après cuisson et polissage, ça brille, ça miroite. C’est ce qui donne ce côté précieux aux vases cloisonnés.

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Le champlevé et ses tons profonds

Le champlevé médiéval privilégiait les bleus profonds, les verts sombres, parfois du blanc et du rouge. Les émaux sont généralement opaques et mats. Le rendu est plus austère, plus sobre. Ça convenait parfaitement aux objets religieux de l’époque.

Question de prix et de valeur

Dans mon expérience de chineuse, un vase cloisonné chinois de bonne facture du 19ème siècle tourne autour de 200-600€ selon la taille et la complexité. Les pièces impériales avec des marques d’époque peuvent grimper à plusieurs milliers.

Le champlevé ancien authentique est plus rare sur le marché. Une plaque émaillée de Limoges du 12ème-13ème siècle ? On parle facilement de 3000-10000€ et plus. Mais attention, les reproductions du 19ème et 20ème siècle sont partout et se vendent entre 100 et 500€.

Comment les intégrer dans ta déco

Le cloisonné pour une touche exotique

J’utilise mes vases cloisonnés par petites touches. Un sur une console d’entrée avec quelques branches séchées dedans, ça fait son effet sans surcharger. Les couleurs vives du cloisonné se marient bien avec des tons neutres – un mur blanc cassé, un meuble en chêne clair.

Attention à ne pas tomber dans le « magasin de souvenirs asiatiques ». Un seul bel objet cloisonné suffit dans une pièce.

Le champlevé pour un style plus classique

Le champlevé, avec ses tons plus feutrés et son côté médiéval, trouve sa place dans des intérieurs classiques ou rustiques. Je le pose volontiers sur une bibliothèque en bois sombre ou une cheminée en pierre. Ça apporte une touche historique sans être tape-à-l’œil.

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L’entretien au quotidien

Les deux se nettoient délicatement. J’utilise un chiffon doux légèrement humide, jamais de produits abrasifs. L’émail peut se fissurer avec les chocs, et les fils de cloisonné peuvent se décoller si on frotte trop fort.

Pour le champlevé ancien, je fais encore plus attention. L’émail médiéval peut être fragile après des siècles d’existence. Je le dépoussière à sec avec un pinceau très doux.

Reconnaître les reproductions modernes

Un truc que j’ai appris : les vraies pièces anciennes ont toujours de petites imperfections. Des bulles d’air dans l’émail, de légères irrégularités dans l’épaisseur, des fils de cloisonné pas parfaitement alignés. Les productions industrielles modernes sont trop parfaites, trop uniformes.

Regarde aussi le fond de l’objet. Le cloisonné ancien a souvent un fond en cuivre ou bronze patiné. Les copies modernes utilisent du laiton brillant ou même de l’acier.

Ce que je retiens après mes erreurs

Ces deux techniques racontent des histoires différentes. Le cloisonné parle de savoir-faire asiatique, de patience infinie pour placer ces milliers de petits fils. Le champlevé évoque les ateliers médiévaux, les orfèvres qui gravaient le métal à la main.

Apprends à les reconnaître, mais surtout, prends le temps de les regarder vraiment. Passe ton doigt dessus, observe comment la lumière joue avec l’émail. C’est comme ça qu’on développe son œil et qu’on évite les achats impulsifs qu’on regrette.

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