L’année dernière, je suis tombée sur un service à café dans un vide-grenier à Vannes.
Le vendeur m’a certifié que c’était de la vraie Quimper, mais quelque chose clochait dans les couleurs. J’ai failli craquer à 80 euros avant de remarquer que la signature au dos ressemblait plus à un gribouillis qu’à une marque authentique. Heureusement que j’ai appris à repérer les vrais critères !
Une vraie faïence de Quimper se reconnaît à sa signature manuscrite au dos, ses motifs bretons caractéristiques peints à la main, et ses couleurs vives mais légèrement irrégulières.
Les signatures qui ne trompent pas
Première chose que je regarde maintenant : le dessous de la pièce. Les manufactures quimpéroises ont toutes eu leur façon bien à elles de signer. Tu trouveras « HB » pour Henriot (la plus connue), « HR » pour Henriot-Quimper après 1968, ou encore « HenRiot Quimper France » pour les pièces récentes.
La signature doit être légèrement irrégulière si elle est ancienne. Sur ma première vraie trouvaille (un plat des années 50), l’écriture était un peu tremblotante, faite au pinceau. Les fausses signatures sont souvent trop parfaites, comme imprimées.
Attention si tu vois juste « Quimper » sans rien d’autre : ça sent la reproduction moderne ou la contrefaçon. Les vraies manufactures ajoutaient toujours leur identité.
Les motifs bretons, mais pas n’importe lesquels
Les petits Bretons en costume traditionnel, c’est la marque de fabrique. Mais là encore, j’ai fait l’erreur de croire que tous les petits bonshommes en costume se valaient. Raté !
Sur les authentiques, les personnages ont des proportions un peu naïves, presque enfantines. Les traits du visage sont simples : deux points pour les yeux, un trait pour la bouche. Les costumes montrent des détails précis comme les broderies sur les coiffes ou les boutons des gilets.
Je me souviens d’une assiette que j’ai achetée sur Le Bon Coin. Les Bretons ressemblaient à des dessins animés modernes, trop détaillés, trop « propres ». C’était une reproduction des années 2000.
Les motifs floraux aussi comptent : des fleurettes stylisées, des rinceaux, des frises géométriques. Tout ça doit avoir un côté artisanal, pas mécanique.
La technique de peinture qui ne ment pas
Regarde de près la surface. Sur une vraie Quimper, la peinture est sous l’émail, pas dessus. Passe ton doigt : tu ne dois sentir aucune épaisseur, aucun relief. L’émail vitrifié recouvre tout et donne cet aspect brillant caractéristique.
Les couleurs ? Bleu, jaune, vert, rouge orangé, brun. Mais attention, elles ne sont jamais parfaitement uniformes. Mon assiette préférée (un cadeau de ma grand-mère) a des variations de bleu d’un côté à l’autre. C’est justement ça qui prouve qu’elle a été faite à la main.
Sur les reproductions bon marché, les couleurs sont plates, identiques partout. Ça manque de vie, d’âme.
Les petites imperfections qui rassurent
Bizarrement, ce sont les « défauts » qui m’ont appris à reconnaître les vraies pièces. Un léger décalage dans un motif, une petite coulure de peinture, une bulle d’air figée dans l’émail… Tout ça, c’est bon signe !
J’ai un bol à cidre avec une minuscule tache brune sur le bord. Le vendeur s’en excusait, mais ça m’a plutôt convaincue de l’acheter. Les pièces parfaites sont souvent suspectes.
Par contre, attention aux vraies fêlures ou aux éclats : ça fait baisser la valeur même sur une pièce authentique.
Les formes et les styles d’époque
Les anciennes Quimper (avant 1900) ont des formes plus rustiques, plus épaisses. Les bords sont irréguliers, la faïence est lourde en main.
À partir des années 1920-1950, les formes deviennent plus fines, plus élégantes. C’est la période Art Déco qui influence même les artisans bretons. Mes pièces préférées viennent de cette époque : elles gardent le charme traditionnel avec une touche de modernité.
Depuis les années 70, la production s’industrialise un peu. Les pièces restent belles, mais perdent ce côté 100% artisanal. Est-ce que ça les rend moins authentiques ? Pas forcément, mais ça change la valeur sur le marché des antiquités.
Le toucher et le poids
Prends la pièce en main. La vraie Quimper, surtout les anciennes, a un poids certain. La faïence est dense, compacte. Les reproductions en céramique fine ou en porcelaine sont souvent plus légères.
Le son aussi : tape légèrement avec ton ongle. Un son clair et cristallin indique une bonne faïence. Un son sourd ? Méfiance.
Les prix qui font réfléchir
Si quelqu’un te propose une assiette Quimper ancienne à 15 euros, pose-toi des questions. Les vraies pièces démarrent rarement en dessous de 30-40 euros, et les plus recherchées peuvent monter à plusieurs centaines.
Mon service de six bols des années 30 m’a coûté 180 euros chez un brocanteur spécialisé. Ça paraît cher, mais c’était le prix du marché pour des pièces en excellent état avec leur signature HB bien lisible.
Où apprendre à reconnaître les vraies
Le Musée de la Faïence de Quimper reste la meilleure école. J’y suis allée deux fois, et à chaque visite, j’ai affiné mon œil. Tu vois les pièces de référence, tu comprends l’évolution des styles, tu observes les signatures de près.
Sinon, traîne dans les brocantes bretonnes. Les vendeurs passionnés partagent souvent leurs connaissances. C’est comme ça que j’ai appris 90% de ce que je sais : en posant des questions, en manipulant des dizaines de pièces, en faisant des erreurs.
Mon dernier conseil
Achète d’abord pour le plaisir, pas pour l’investissement. Ma collection de Quimper n’est pas un placement financier, c’est un bout de patrimoine breton qui décore ma cuisine et me rappelle mes étés en Bretagne.
Si une pièce te plaît vraiment et que le prix te semble correct même pour une reproduction, fonce. L’authentification viendra avec l’expérience. Mon premier achat était probablement une semi-reproduction des années 80, mais je l’aime toujours autant.
La vraie question ? Est-ce que cette assiette, ce bol, ce vase te donne envie de l’utiliser ou de le regarder tous les jours ? Si oui, c’est déjà une belle trouvaille.